Le bonheur qui étymologiquement signifie bonne chance, est un état de satisfaction complète et de plénitude. Il est distinct du plaisir qui lui est un bien-être agréable, essentiellement d’ordre sensible. Si le bonheur correspond à un complet repos et se donne comme l’éternité , le plaisir appartient à l’ordre du temps : c’est un mouvement et un dynamisme que l’imagination et la mémoire amplifient et prolongent.
Le bonheur se distingue aussi de la joie qui elle est un état affectif global et total. Elle représente, comme l’a vu Spinoza, un passage d’une perfection moindre à une perfection supérieure. Or le bonheur n’est précisément pas un passage: la joie est dynamique alors que le bonheur est statique, tout comme la béatitude.
Mais le bonheur suppose un accord et une harmonie : une unité entre les valeurs de l’homme, de l’ordre du monde et des choses. Pour qu’il y ait bonheur, il faut que s’opère une rencontre entre les choix et les valeurs de l’être humain, d’une part, et l’ordre universel, d’autre part.
Les choses étant un peu plus claire sur la notion du bonheur, on peut maintenant s’interroger sur sa valeur et le moyen d’y parvenir
Le bonheur est-il le bien suprême ? L’eudémonisme antique (du grec eudaimon: heureux) l’ affirme. L’eudémonisme est la doctrine affirmant que le but de l’action humaine est le bonheur. Chez tous les philosophes anciens, le bonheur apparaît comme un accord entre l’homme et les choses. Les eudémonistes divergent seulement sur les moyens de parvenir au bonheur et à la complète satisfaction.
Aristote voit dans le bonheur la fin de la vie. Dans l’Éthique à Nicomaque, il pose la question: quel est le souverain bien de notre activité? C’est le bonheur. Or, ce dernier consiste dans l’activité la plus parfaite de l’homme, c’est-à-dire dans la vie contemplative. Le sage qui contemple l’Éternel dans une vie de loisir incarne véritablement l’homme heureux : il représente l’idéal de la réflexion grecque. Cet idéal n’a plus vraiment cours dans notre civilisation actuelle.
Épicure est également eudémoniste, mais diffère profondément d’Aristote sur la façon d’atteindre le bonheur. En apparence, Épicure est surtout hédoniste, car sa doctrine fait du plaisir le Souverain Bien. Le plaisir est le bien primitif et naturel, il représente la fin de la vie. Néanmoins tous les plaisirs ne sont pas souhaitables et le vrai bonheur consiste dans la paix de l’âme que rien ne vient troubler. C’est ce qu’Épicure appelle l’ataraxie, c’est a dire l’absence de trouble et l’indifférence de l’esprit. Notons ici une notion intéressante qui consiste non pas a définir le bonheur comme le vécu ou l’existence d’un état psychologique, mais plutôt comme l’absence de sentiments douloureux. Ainsi, être heureux s’est s’affranchir des plaisirs et des passions.
L’homme heureux c’est à dire parfaitement serein et libre en toutes circonstances doit pouvoir répudier certains plaisirs. Les plaisirs peuvent êtres divisés en 3 catégories de désirs :
- ceux qui ne sont ni naturels ni nécessaires (comme la recherche des honneurs)
- ceux qui sont naturels sans être nécessaires (une nourriture fine par exemple)
- enfin les désirs naturels et nécessaires (comme manger à sa faim), seuls dignes d’être retenus par l’éthique, d’après Épicure dans sa Lettre à Ménécée
Le stoïcisme est également une morale qui vise le bonheur. En quoi consiste le bonheur, chez Sénèque, Epictète et Marc-Aurèle, les plus connus des Stoïciens? Avant tout à rester libre et maître de ses opinions, de ses pensées, quelles que soient les circonstances. L’essentiel n’est-il pas de conserver sa liberté, sur le trône comme dans les chaînes ? Le sage stoïcien trouve en toutes situations l’ataraxie, la paix de l’âme, l’indifférence de l’esprit. Comme on le voit, épicurisme et stoïcisme ont d’importants points communs, en particulier cette conception du bonheur comme liberté spirituelle. A ce titre je citerai Epictète : » Tu espères que tu seras heureux dès que tu auras obtenu ce que tu désires. Tu te trompes. Tu ne seras pas plus tôt en possession, que tu auras les mêmes inquiétudes, mêmes chagrins, mêmes dégoûts, mêmes craintes, mêmes désirs. Le bonheur ne consiste point à acquérir et à jouir, mais à ne pas désirer. Car il consiste à être libre. «
Néanmoins, le bonheur stoïcien diffère du bonheur épicurien : le sage épicurien crée un accord et une harmonie avec un monde matériel alors que le sage stoïcien, maître de soi, accepte l’ordre divin, l’étincelle divine présente dans tout ce qui est.
Mais toute ces références antiques ne semblent plus adaptés à notre univers. En effet, le christianisme nous a apporté sa vision pessimiste des choses mais aussi la responsabilité et le sens du devoir.
Le chrétien, s’il espère trouver le bonheur éternel dans l’au-delà doit considérer le monde temporel comme celui du malheur et de l’épreuve. Ainsi le chrétien ne devient plus en accord profond avec son monde puisqu’il est ici en enfer et que son bonheur ne sera que futur.
Plus tard, Kant y apportera sa contribution. Sa morale se base sur les impératifs et la loi. Nous abordons ici d’autres notions de devoirs. Dans la critique de la raison pratique, le philosophe s’exprime ainsi : ‘ Ce qui est premier, c’est la morale universelle comme principe de l’éthique. Aucun bonheur temporel ne sera attendu dans ce monde de la pratique de la vertu envisagée comme obéissance à l’impératif catégorique.‘ La morale est de l’ordre de la loi et le bonheur seulement un objet d’espérance.
Ainsi, nous voyons que la notion du bonheur et sa pratique qui était courante dans la Grèce antique sont devenus des notions abstraites que nous pourrons connaître que dans le salut. Notre vie quotidienne devient un sacerdoce puisque nous ne recherchons plus le bonheur mais seulement les plaisirs qui eux sont éphémères.
Contrairement au christianisme, j’ose penser que le vrai bonheur peut se trouver sur terre. Je continue de croire aussi que les passions ne sont pas toutes dévastatrices, ni porteuse de souffrance. Lorsque nous contemplons un monuments ou une oeuvre d’art, nous nous approchons certainement du bonheur mais il ne faut pas oublier que c’est à coup sûr la passion qui a permis de créer l’objet que nous regardons. Alors passion ou bonheur ? Epicurisme, eudémonisme, hédonisme ou stoïcisme ?Le plaisir est-il un compromis de tout cela.
La vie n’a pas toujours le goût d’un tiramisu à la fraise. Elle a parfois le goût de cacahouètes salées, de cornichons acides et de bière amère. Voici donc les quatre saveurs de la vie :
Le sucré : c’est la saveur douce et agréable par excellence de la nature. Très répandu, mais facilement soluble comme les plaisirs, le sucre connaît beaucoup d’édulcorants. Qu’est-ce qui dans la vie n’essaie pas d’imiter les plaisirs mielleux et la douceur . Le sucré représente les jouissances de la vie mais rappelez-vous les délices de Capoue. Trop de réjouissances ramollissent et risquent de nous fragiliser comme des petits bonshommes de sucre ou de chocolat. Et le diabète? Hein? Mais qu’est-ce que la vie sans plaisir? Et sans les préjudices du plaisir? «Sans le mal, la vie n’aurait pas de saveur» disait Diogène.
Le salé : Le sel de la terre! Le sel de la semaine! Le sel d’une plaisanterie. C’est l’élément actif, vivant et piquant. Comme l’esprit et la finesse, il assaisonne les plats et la vie de gaieté et spiritualité; il relève le cuit et conserve le cru. Excessif! La note est salée, mais vraiment salée! Le sel nous fait sentir que, trop, c’est trop. Et trop nuit; et peu suffit. Pourtant, c’est le sel qui nous fait faire des excès. Le sel, c’est l’intérêt, et qu’est-ce que la vie sans lui?
L’acide : La vivacité de l’acidulé des petits bonbons et le mordant de l’acidité des petits cornichons sont emblématiques de la verdeur et du charme de la jeunesse. D’autre part, les souffrances, les blessures, les désagréments de la vie, sont, comme l’acide, corrosifs et attaquent l’ossature de l’équilibre;. certains acides polluent les pluies et les lacs; d’autres brûlent les terres, les érablières et l’estomac. Cependant, n’oublions pas que l’acide est le commencement de la vie : les acides aminés, les acides nucléiques, l’ADN et l’ARN dont dépendent les caractères génétiques de nos chromosomes. Nous sommes faits d’acides. Alors vivons notre vinaigre.
L’amer : L’amertume, ça veut tout dire! Saveur désagréable mais souvent stimulante : Le citron, l’endive, les noix, le chocolat noir…la bière! Sans amer, on se perd dans la fadeur de la monotonie. Oui, mais…. Lune de fiel, peau de chagrin et bonjour tristesse! Il y a de l’amertume dans la nature comme il y en a dans la vie : déceptions, regrets amers, maladies et quoi encore! Mais qu’est-ce que le sucre sans l’amer ?
Toutes les saveurs fondamentales de la nature sont, comme la philosophie, naturelles, toniques et bonnes pour la santé. Je vous les recommande toutes, mais, comme la philosophie, «tout est dans la dose».